Texte I, Première Période

Côtes-d’Armor = AD22, 5L 136

Commentaire

Lettre d’Olivier Richard à sa mère, datée du 19 ventôse à Brest, sans indication de l’année, qui est probablement l’an II, ce qui correspondrait au 9 mars 1794. Olivier est marin et décrit les conditions misérables à bord du bateau la Fraternité. Il demande des vêtements à sa mère. Olivier a 19 ans en l’an II. Il dit dans une autre lettre qu’il apprend à écrire. Son écriture présente des traces profondes de la méthode syllabique. On dirait que son apprentissage s’est arrêté au moment où il fallait réunir les syllabes pour recomposer les mots. Ce sont ces très nombreuses fausses coupes qui, en concurrence avec l’absence totale de la ponctuation, rendent la lecture de la lettre difficile. En plus, la fausse coupe ne respecte pas toujours les limites de la syllabe : per o què l. 27. Par rapport aux fausses coupes, les fausses agglutinations sont en franche minorité : matres l. 3, sescon (pli mans) l. 10, etc. L’unité du mot est en outre mise en danger par la reprise consonantique, elle aussi presque systématique : je vous sècri l. 4, cous sins l. 9 pa su « pas eu » l. 13, nous sa ̷ von bien sudè « nous avons bien eu de » l. 22-23, un na maque l. 19, un namq l. 20, réalisation avec liaison. Le principe phonétique est amplement employé : cher mer l. 3, je par ti l. 7, la let l. 12, etc. La let l. 12, aut l. 25 et i [= il] l. 10, 15 reproduisent une énonciation allegro et signalent  par là la voie orale comme canal de transmission. La graphie <un> de l’article indéfini est elle aussi un cas d’écriture phonétique quand elle représente le genre féminin : au qun chos l. 28, un quslot l. 30 « une culotte ». Quant aux segments, on note des problèmes pour la graphie des sibilants et chuintants : je cous l. 18 = « je couche », agèter l. 19 = « acheter » , dègirer l. 32 « déchirer », mavoi<y>eir l. 29 = « m’envoyer » (cf. l. 33). Comment expliquer ces phénomènes ? Lamballe, où vit la mère du soldat à laquelle la lettre est adressée, se trouve en zone gallo, fait qui n'exclut pas une influence bretonne à travers du français régional. Notre interprétation n'est rien d'autre qu'une hypothèse. Quant aux sibilants et chuintants mentionnés, le breton, contrairement au français, possède à côté du [s] et [z], du [ʃ] et [ʒ] les chuintants antérieurs ou alvéo-palataux [ɕ] et [ʑ]. Le locuteur se trouve par conséquent devant le problème de coordonner les deux consonnes du français avec les trois consonnes de sa variété maternelle. Ceci peut conduire à la perception d’un [ʃ] français comme un [s]. La consonne nasale comme marque graphique de la voyelle nasale manque à plusieurs reprises : chabre l. 15, mavoi<y>ier l. 29, cousis l. 38. Comme les sons nasaux du breton et du français régional comportent un élément consonantique, il se peut que le scripteur ait été convaincu que le fait d’écrire la voyelle implique la réalisation de la consonne nasale <m> ou <n>. Le scripteur oublie parfois des lettres (fer l. 5, 36 = « frères »), des syllabes ou des mots : je & te mala l. 21 = « j’étais malade », vousaves ceque sur mon cor l. 30, il invertit ou supprime des consonnes : je vousan bars l. 35, mon <onc> desmas & a mes cousis l. 38. Il utilise la ligature « & » avec la valeur phonique de son nom [e] : l. 7 et passim. La construction l. 24 « passer de couler » est peut-être une périphrase verbale qui veut dire « nous avons failli couler ». La construction syntaxique est celle de la langue parlée à la l. 13 et devient incohérente à partir de la l. 32.

Translittération diplomatique
Côtes-D'Armor I.1.1t
Côtes-D'Armor I.1.2t
Côtes-D'Armor I.1.0t
Fac-similés
Côtes-D'Armor I.1.1
Côtes-D'Armor I.1.2
Côtes-D'Armor I.1.0
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